La Communication Non Violente


La manière dont nous avons été éduqués à penser et à communiquer est une source énorme de violence sur cette planète. Nous sommes nombreux à faire un lien entre la non-violence et la violence physique, alors qu'il existe d'autres formes de violence. Par exemple, les violences que les gens se font à eux-mêmes en se blâmant ou en se critiquant, la violence infligée lorsqu'on utilise la culpabilité et la honte afin d'avoir un impact sur quelqu'un, etc. Et donc, de cette manière, nous sommes tous impliqués d'une façon ou d'une autre par la violence.

Le concept de la communication non-violente (CNV) a été introduit à la fin des années 80 par Marshall B. Rosenberg, docteur en psychologie clinique. Influencé par Carl Rogers, dont il a été l'élève, Rosenberg a développé une méthode de communication interpersonnelle simple et structurée pour faciliter les relations humaines et les enrichir avec empathie.
Malgré la répercussion des travaux de Carl Rogers, la CNV est une discipline nouvelle en France. Elle y est apparue il y a quelques années seulement grâce à quelques pionniers, dont le belge Thomas d'Ansembourg. Elle connaît aujourd'hui un retentissement important du fait de ses qualités intrinsèques, de ses applications à la médiation et grâce au concours de David Servan-Schreiber qui y a consacré un chapitre entier dans son ouvrage « Guérir ». 

Nous avons de mauvaises habitudes de communication

Notre environnement sociopolitique et notre éducation nous ont donné dès le plus jeune âge de mauvaises habitudes de communication. Notre éducation relationnelle n'a malheureusement pas tenu compte des rapports avec autrui ; que ce soit dans notre milieu familial ou à l'école, on nous a transmis un langage analytique et moralisant qui nous entraîne “naturellement” à émettre des jugements de valeurs sur ce qui est juste ou faux, à décréter ce qui doit être ou pas, à culpabiliser ou à se culpabiliser… La portée des mots que nous prononçons est bien souvent inimaginable et peut conduire à des situations extrêmes.
M. B. Rosenberg nous montre qu'il est possible d'identifier de nombreuses tournures de phrases qui utilisent les éléments suivants :
  • Etiquette : nous classons une personne dans une catégorie ;
  • Dénigrement : nous nions les qualités de l'autre, ou bien la réalité, en attribuant les causes à l'environnement ou au contexte;
  • Reproche, ou pire, insulte : nous affectons à autrui la responsabilité de notre agacement, colère, frustration…
  • Mérite : nous conditionnons une action à sa récompense ou à défaut sa punition future ;
  • Comparaison : nous nous évaluons par rapport à l'autre ;
  • Exigence : nous employons des opérateurs modaux tels que : devoir, falloir… ; ou nous utilisons un « tu » accusateur ou menaçant.
La psychologie nous apprend alors que ces différentes structures linguistiques ont en commun de porter l'attention sur autrui pour le classer, l'analyser et l'évaluer. En reprenant alors la responsabilité de nos actes, de nos pensées et de nos émotions, M. B. Rosenberg nous invite alors à identifier puis remplacer, dans notre langage, ce qui peut induire une des 6 tournures identifiées précédemment.

Les 4 temps de la communication non violente

M. Rosenberg décompose le processus d'une communication non violente en quatre temps : l'observation, les sentiments, les besoins, les demandes.
  • L'observation : « J'observe un comportement concret qui affecte mon bien-être »
Elle consiste dans un premier temps à observer réellement ce qui se passe dans une situation donnée. Qu'est-ce qui chez l'autre contribue à mon bien-être ou au contraire à mon agacement, voire mon agressivité ? L'essentiel est de pouvoir comprendre la situation en se passant de tout jugement ou de toute évaluation.
  • Les sentiments : « Je réagis à ce comportement par un sentiment »
Il s'agit de se questionner dans son for intérieur sur son état émotionnel. Suis-je en ce moment joyeux, triste, fâché, etc. ?
  • Les besoins : « Je cerne les besoins, désirs, valeurs qui ont éveillé ce sentiment »
Cette phase consiste à s'interroger sur les besoins à l'origine de ces sentiments.
Par exemple, une personne qui dit « tu ne me comprends jamais », exprime en fait que son besoin d'être compris n'est pas satisfait. L'expression « non violente » de ce besoin pourrait être : « je ne me sens pas suffisamment compris ». De même une femme qui prononce un reproche à son mari sous la forme d'un : « tu rentres tard tous les soirs », exprime un besoin d'intimité ou de soutien non satisfait.
  • Les demandes : « Je demande à l'autre des actions concrètes qui contribueront à mon bien-être »
La conscience de ces trois composantes (qui peuvent être dites ou non) permet alors de s'exprimer clairement et sincèrement. Ce temps de l'expression est celui des demandes.

En complément de ce processus qui s'applique à soi, la CNV a été enrichie par M. B. Rosenberg par une autre dimension : l'empathie. Elle nous apprend alors à accorder, dans le dialogue, le temps et l'espace dont l'autre a besoin pour s'exprimer et se sentir compris.

La communication non violente est souvent présentée à l'aide de la méthode qui consiste à suivre les quatre étapes précédente. Mais en fait, ce qui est dit est beaucoup moins important que l'intention qu'on y met. Parce que si l'intention est que l'autre fasse ce que l'on veut, il ne s'agit pas de communication non violente. L'intention, en fait, c'est très différent. Notre intention est de créer avec l'autre personne une certaine qualité d'énergie qui fera en sorte que les besoins des deux personnes seront satisfaits et que tout ce qu'elles se donneront mutuellement le sera fait de bon gré. Lorsqu'on parle avec cette conscience-là, alors la mécanique des quatre étapes est très utile. Mais si l'autre croit d'une manière ou d'une autre qu'on a un certain objectif derrière l'utilisation de ce processus, ou qu'éventuellement on n'est pas aussi intéressé par ses besoins que par les nôtres, alors la mécanique n'aidera pas et ne servira à rien.

Bienfaits de la CNV

La mise en pratique de la communication non violente au quotidien suscite :
  • Une écoute sincère de l'autre qui s'exprime autrement avec maladresse. La CNV nous enseigne comment comprendre les intentions véritables cachées derrière les mots.
  • Le respect de soi par la prise en compte de ses sentiments, de ses besoins et le respect de l'autre par la reconnaissance des siens.
  • L'empathie par l'accueil de l'autre et de sa différence, et la création d'un lien découvrant les qualités profondes de chacun des interlocuteurs.
  • Une générosité réciproque, qui est le corollaire des trois points précédents.

Applications de la CNV

Les domaines d'application de la Communication non violente sont nombreux, si bien que tout un chacun pourra se retrouver dans cette démarche.
  • Dans son couple ou ses relations familiales par la médiation, et la gestion de l'agressivité
  • Dans un but thérapeutique, la relation d'aide ou la psychologie, par l'impact sur soi de l'application de la CNV
  • Dans un environnement scolaire, par une écoute et un dialogue facilités avec les enfants.
  • Et enfin, dans le milieu professionnel, par la négociation, la gestion de conflit ou la gestion de l'agressivité (client)

La Communication non violente est une méthode visant à créer entre les êtres humains des relations fondées sur l'empathie, la compassion, la coopération harmonieuse et le respect de soi et des autres.


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